Bien des objectifs s'effacent sans que personne ne décide de les abandonner. Personne ne se dit : « Je renonce à la course à pied. » Les matins passent simplement, et le projet s'éteint en silence.
L'un des mécanismes les plus étudiés pour surmonter cela tient en une phrase découpée en deux parties : si telle situation arrive, alors je ferai telle action. Cette formule est assez concise pour tenir dans une lettre, et une lettre apporte ce qu'une liste de tâches ne peut offrir : quelqu'un qui viendra faire le point.
Une phrase en deux parties
Un plan si-alors associe un signal précis et une action immédiate. « Si j'accroche mes clés au crochet en rentrant, alors j'enfilerai mes chaussures de marche avant de m'asseoir. » Le signal correspond à une situation que tu rencontreras avec certitude : une heure, un lieu, un événement ou une sensation. L'action reste simple et claire.
L'intérêt réside dans le fait de trancher une bonne fois, à l'avance, dans le calme. Quand le signal apparaît, tu n'as plus à peser le pour et le contre. Il te suffit de le remarquer.
Les signaux qui se produisent quoi qu'il arrive constituent les meilleurs déclencheurs :
- La bouilloire commence à chauffer.
- Les portes du train s'ouvrent.
- Tu accroches tes clés au crochet.
- Tu prends ta première gorgée de café.
- Ta mâchoire se crispe devant ton bureau.
- Ta pause déjeuner se termine.
Ce que dit la recherche
Le psychologue Peter Gollwitzer a décrit ces mécanismes sous le nom d'« intentions d'action ». Son article de 1999 paru dans l'American Psychologist, intitulé « Implementation intentions: Strong effects of simple plans », sert de référence initiale. Il passe en revue les travaux démontrant que les personnes qui fixent à l'avance le moment et le lieu où elles vont agir ont plus de chances de passer à l'action.
Une expérience bien connue a suivi. Milne, Orbell et Sheeran (2002, British Journal of Health Psychology) ont réparti 248 participants entre un groupe témoin et deux groupes d'intervention. Le programme de motivation a renforcé l'intention des participants de faire de l'exercice, mais n'a pas modifié de manière significative leur pratique réelle. Dès lors qu'un plan si-alors a été combiné au dispositif, l'effet sur la pratique sportive au cours des deux semaines suivantes a été, selon les mots des auteurs, spectaculaire.
Le bilan s'avère plus mesuré dans les recherches ultérieures. Une revue systématique parue en 2018 dans PLOS ONE (da Silva et ses collègues) a examiné 13 essais randomisés consacrés aux plans si-alors et à l'activité physique chez les adultes. Elle a conclu à un bénéfice modeste lorsque le plan bénéficiait d'un renforcement, et les auteurs ont appelé à la prudence sur l'interprétation des résultats.
Ce que les études ne disent pas
Il faut rester lucide sur les limites. Une grande partie de ces études porte sur l'exercice physique, avec des périodes de suivi souvent courtes. Les protocoles variaient selon les essais, et les spécialistes ont constaté que le soutien apporté au plan comptait. Rien dans ces données ne prouve qu'une simple phrase va transformer ton existence.
Ce que ces constats suggèrent reste modeste et utile. Un plan rattaché à un signal peut t'aider à démarrer. C'est un outil pratique, et une lettre forme un excellent terrain d'expérimentation, car elle te permet d'observer après coup ce qui s'est réellement passé.
Pourquoi inscrire ces plans dans une lettre
Une lettre conserve ce que tu voulais accomplir, avec tes propres mots, à un jour précis. Elle transmet également ces intentions à la personne qui en a besoin : toi dans six mois, avec un regard neuf sur ce qui a fonctionné.
La lettre ne sert pas de rappel. Nous t'envoyons la lettre par e-mail une seule fois, le jour choisi, entre 8 h et midi dans ton fuseau horaire, sans aucun message de suivi. Le signal doit donc s'ancrer dans ton quotidien, pas dans ta boîte de réception. La lettre est l'endroit où tu fais le point sur le plan, pas le lieu où il se réalise.
Comment formuler trois phrases si-alors
Choisis un seul objectif et formule trois plans distincts pour l'atteindre. Fais en sorte que chaque signal corresponde à une situation concrète que tu vivras, et que chaque action tienne en cinq minutes.
- Vague : « Si j'ai le temps, alors je ferai de l'exercice. »
- Plus précis : « Si je prends ma pause déjeuner, alors je ferai le tour du pâté de maisons. »
- Vague : « Si je ressens du stress, alors je vais me détendre. »
- Plus précis : « Si je sens ma mâchoire se crisper devant mon bureau, alors je me lèverai pour remplir ma bouteille d'eau. »
Prévois aussi les obstacles. « Si la fatigue m'envahit après le travail, alors j'enfilerai mes chaussures et j'irai jusqu'au coin de la rue, rien de plus. » La version la plus modeste compte tout autant, et elle préserve l'habitude lors des journées difficiles.
Trois erreurs fréquentes avec ces plans
Le signal reste trop flou. « Un de ces jours cette semaine » n'est pas un signal, car rien ne viendra te taper sur l'épaule. Choisis un événement qui arrive de toute façon, comme la bouilloire qui chauffe ou les portes du train qui s'ouvrent.
L'action est trop ambitieuse. « Alors j'écrirai pendant deux heures » échoue dès le premier soir de fatigue. Réduis l'action jusqu'à ce qu'elle paraisse presque dérisoire, puis laisse le véritable travail se développer à partir de là.
Tu multiplies les intentions. Trois plans pour un seul objectif suffisent largement. Écrire dix plans pour dix projets différents transforme la lettre en liste de tâches, et une liste de tâches n'est pas ce que ton futur toi a envie de découvrir en ouvrant son courrier.
Trois ou six mois d'attente
Choisis une date dans six mois pour un objectif qui demande du temps, ou dans trois mois s'il est plus modeste. Si tu veux, écris une seconde lettre pour dans un mois, comme premier coup d'œil rapide. Il est impossible de modifier ou d'annuler une lettre enregistrée, alors formule des plans que tu auras plaisir à retrouver.
Quelles questions poser à la réception
Termine la lettre par deux questions. Laquelle de mes trois phrases ai-je vraiment appliquée ? Quel signal ne s'est jamais présenté ? Les réponses t'indiquent ce qu'il convient d'ajuster. Souvent, le plan de départ reste bon mais le signal était mal choisi, et changer ce dernier suffit amplement.
Tu découvriras peut-être qu'une seule phrase a porté l'essentiel des progrès. Conserve celle-ci, reformule les deux autres, puis programme une nouvelle lettre.
Trois plans dans une lettre
Salut, futur moi,
L'objectif est de recommencer à lire, après un an passé uniquement devant mon écran de téléphone. Trois plans. Si je monte dans le train le matin, alors j'ouvrirai mon livre avant de consulter mon téléphone. Si je me mets au lit, alors je lirai une page, même une seule. Si la fatigue est trop forte pour une page, alors je poserai le livre sur mon oreiller, pour que demain commence avec lui. Quand tu liras ces lignes, dis-moi : lequel de ces trois plans a vraiment servi ? Quel signal ne s'est jamais présenté ? Mon pari est sur le train.
[ton prénom]
Écris ta lettre maintenant
Choisis un objectif qui s'est discrètement mis en sommeil. Formule trois phrases si-alors associées à des signaux que tu rencontreras sans aucun doute, ajoute les deux questions à la fin, et choisis une date d'envoi dans quelques mois. Ensuite, guette simplement l'apparition du premier signal.